Le bexarotene, la solution à l’Alzheimer?

Mot de science de la semaine

Un médicament utilisé pour combattre le cancer, le bexarotène, guérit des souris atteintes d’une forme de la maladie d’Alzheimer en quelques jours. L’article paru dans la revue Science la semaine dernière a, pour le moins, surpris le monde scientifique.

Jean-Daniel Doucet

Les résultats de l’équipe de l’Université Case Western aux États-Unis sont frappants. Trois jours après avoir avalé le bexatorene, des souris modèles pour la maladie d’Alzheimer retrouvent entièrement des aptitudes cognitives perdues, comme la capacité de s’organiser, à l’image les patients atteints. Le bexarotène empêche l’accumulation dans le cerveau des souris de plaques bêta-amyloïdes ( ßA ) responsables de la maladie d’Alzheimer. Résultat : une baisse de 50 % des plaques en 72 heures. « C’est extrêmement spectaculaire », confie Serge Rivest, directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. « Mais c’est étrange pour une maladie où aucun traitement ne fonctionne », précise-t-il en entrevue.

Le chercheur garde certaines réserves : « Ils ont utilisé des souris dont l’âge équivaut à 40 ans chez l’homme. Or, la maladie apparaît généralement après 65 ans. » L’efficacité sans précédent du traitement aurait donc pu être facilitée par des différences chez les souris du groupe américain, selon Serge Rivest : « Avant le traitement, ils ont observé moins de ßA qu’à l’habitude dans le cerveau de ces souris malades ». Il ajoute, entre autres, que les scientifiques ont utilisé des tests cognitifs faisant intervenir des zones du cerveau autre que l’Hippocampe, la zone principale affectée par l’Alzheimer.

« C’est un groupe de recherche fiable avec qui nous discutons souvent. Leur approche est intéressante, mais doit être répétée par d’autres groupes et sur des souris plus âgées », juge-t-il.

La maladie d’Alzheimer est causée par l’accumulation de peptides ßA, des déchets, dans le cerveau. Ces fragments sont libérés de façon normale par des sécrétases, pollueurs de la boîte crânienne. Des nettoyeurs, les microglies, ramassent ces ordures et empêchent l’accumulation des peptides ßA en plaques toxiques pour les neurones. « Cet équilibre est brisé chez les patients atteints d’Alzheimer ; leur cerveau est bourré de plaques bêta-amyloïdes » explique le chercheur. Le bexarotène motiverait les microglies à débarrasser ces plaques.

Les chercheurs de Case Western testeront prochainement cette drogue, approuvée par les autorités de santé américaine, sur des humains. « On saura vite si ça fonctionne », conclut  Serge Rivest en considérant les effets rapides chez la souris.

Crédit photo : Élaine Bossé Alberte

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