Internet à deux vitesses?

// Par : François M. Gagnon

Précisons-le d’abord, il existe deux types de bibliothèques municipales à Québec : celles, principalement dans l’arrondissement La Cité, qui sont gérées par l’Institut Canadien de Québec, au nombre de 15, et celles qui s’y sont rattachées par la suite, avec les fusions municipales, au nombre de 10. L’accès à Internet dans les premières n’est pas filtré, mais les employés ont la responsabilité d’avertir les utilisateurs de la fréquentation d’un site jugé inadéquat.

Cependant, dans les bibliothèques de la périphérie, comme Monique-Corriveau, Étienne-Parent ou celle de Charlesbourg, l’accès à Internet est filtré par les services informatiques de la Ville. Les utilisateurs peuvent utiliser des postes mis à leur disposition ou apporter leur ordinateur portable, puis se connecter au réseau.

Or, une recherche rapide effectuée par Impact Campus révèle que le classement de certains sites témoigne d’un filtrage qui peut sembler incohérent. Ainsi, alors que son site est pleinement accessible, le blogue de campagne du conseiller municipal Yvon Bussières ( yvonbussieres.com/blog ) est catégorisé comme ayant un contenu pornographique ( le blogue ne compte pourtant que deux textes de campagne, sans images ).

Rejoint lundi matin, M. Bussières avouait ne pas avoir été mis au courant du blocage, mais réservait son jugement à plus tard, alors que la cause en serait connue. « L’électeur a le droit de savoir qui se présente », commente celui qui a mis en ligne son site Web pour la première fois durant la dernière
campagne.

Jeff Fillion, fondateur de Radio Pirate, un autre site bloqué, n’hésite pas à critiquer cet état de faits : « Si c’était le même règlement pour tout le monde, si c’était une raison de bande passante, je comprendrais, mais là, je vais qualifier ça de censure », opine-t-il. L’animateur justifie son affirmation par un calcul rapide : un auditeur consommerait environ 20 mégaoctets de bande passante pour écouter une heure de l’émission, ce qui représente moins que la moyenne des vidéos disponibles sur le populaire site YouTube, qui n’est pas bloqué.

Jeff Lee, de la webtélé Bombe.tv, est partagé dans ses réactions. Il se dit à la fois flatté que les gestionnaires aient cru bon de bloquer son site, mais trouve dommage que cette directive existe. « On respecte quand même une certaine ligne éthique avec nos commanditaires, et on garde le contenu [ convenable ] », affirme-t-il, en mentionnant entre autres ses annonceurs Vidéotron et V.

Claudia Caron, conseillère en communication pour la Ville de Québec, précise que le système de filtrage est maintenu par une société externe, ce qui explique le choix des catégories comme « Radio et TV Internet ». De plus, elle précise qu’une demande peut être formulée au personnel des bibliothèques pour débloquer un site jugé pertinent. Cependant, les règles peuvent engendrer des erreurs lorsqu’il s’agit de sites dont la définition est floue.
 

Les sites proscrits
Voici une courte liste de sites qui, en date de vendredi dernier, étaient inaccessibles aux internautes d’une dizaine de bibliothèques de la Ville de Québec. Bien entendu, certaines modifications ont pu être apportées depuis.

yvonbussieres.com/blog
Le blogue de campagne du conseiller de Saint-Sacrement-Belvédère est banni, avec la justification « Pornographie ».

flickr.com et twitpic.com
La visite du populaire site de partage de photos Flickr est interdite aux usagers des bibliothèques, car il sert d’« Entreposage personnel ». Même situation pour Twitpic, un service permettant aux utilisateurs du réseau Twitter d’échanger rapidement des photos.

torrentfreak.com
Le blogue TorrentFreak, qui se concentre sur les enjeux politiques liés au droit d’auteur et à la distribution de fichiers sur les réseaux BitTorrent, sans proposer de fichiers en tant que tel, est bloqué car il s’agit de « Partage de dossier pair-à-pair ».

masexualite.ca
À l’origine d’une importante campagne de promotion dans les écoles, ce site de la société des obstétriciens et gynécologues du Canada est bloqué car il contient du « Matériel adulte ».

radiopirate.com et bombe.tv
Les deux mini empires médiatiques québécois diffusent principalement sur Internet, sauf dans les bibliothèques, car il s’agit de « Radio et TV Internet ».

hightimes.com
Le site, haut lieu de la « culture marijuana » américaine, se consacre aussi à l’activisme politique pour la légalisation du cannabis. Sa consultation est interdite pour cause d’« Abus de drogue ».

Les sites permis
Pour comparaison, mentionnons aussi des sites catégorisés de façon similaire à ceux ci-dessus, mais qui échappent au filtre.

craphound.com
L’un des auteurs les plus populaires de la blogosphère, Cory Doctorow, milite activement pour une libéralisation du droit d’auteur. Notez le nom à consonnance vulgaire.

Radio-canada.ca
Il est possible de visionner ou d’écouter n’importe quel contenu audio ou vidéo à partir du réseau des bibliothèques. Ces utilisations ne semblent pas compter comme de la radio ou de la TV Internet.

33mag.com
Une webtélé montréalaise où on a pu voir, entre autres, un cuisinier donner des recettes à base de cannabis.

Tweetphoto.com
Analogue à Twitpic, ce site permet de diffuser rapidement des photos, mais semble plus convenable aux responsables des filtres.


Commentaire écrit le 13.11.09 @ 15.00.10 / Par zpkmtfz

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